Un cocktail qui dérange, arrêtons le mélange !

http://presse.inra.fr/Communiques-de-presse/Effet-cocktail-de-pesticides-a-faible-dose-par-l-alimentation

La question persistante dans notre alimentation actuelle est de savoir si nous devons manger des produits d’origine biologique ou non. Quels sont les effets des pesticides sur notre santé ? Il faut savoir que pour tout pesticide, des tests en laboratoire sont effectués pour évaluer  leur toxicité (biologique et environnemental) afin de définir une dose maximale à ingérer par individu. Ces mesures et tests se font pour un pesticide précis. Lorsque l’on achète un produit, il existe un mélange de pesticides. Mais quel est l’effet d’une exposition chronique d’un cocktail de pesticides pour notre organisme ? Des chercheurs français ont étudié ce phénomène sur des souris pendant 1 an.

Comment a été réalisée cette étude ?

Les chercheurs se sont intéressés à 6 pesticides :

Nom du pesticidefamille du pesticide
ZirameFongicide
ChlorpyrifosInsecticide
ThiacloprideInsecticide
Boscalidefongicide
Thiofanatefongicide
Captanefongicide

Ces derniers sont utilisés pour traiter les pommes notamment dans le sud de la France et sont retrouvés sur les pommes vendues dans l’union européenne.

L’ensemble de ces pesticides ont été incorporés dans l’alimentation des souris à une dose équivalente à la dose Journalière Admissible pour l’Homme (DJA). Cette dose  est définie par les agences sanitaires comme étant celle pouvant être consommée tout au long de la vie par l’alimentation ou l’eau potable sans exercer d’effet nocif sur la santé.

Les chercheurs ont fait 8 groupes de souris, chacun composé de 16 souris :

Normaux/normales : Absence de modifications génétiques
Génétiquement Modifié ou OGM : Absence d’un récepteur impliqué pour la prise en charge de substance non extérieur à l’organisme comme des pesticides ou résidus de pesticides. De plus, ce récepteur agit sur le maintient des valeurs physiologiques (température corporelle…).



Tous ces groupes de souris ont été alimentés pendant 52 semaines. Ceci représente le suivi d’une alimentation humaine pendant 30 ans.

Des résultats… étonnants

Les chercheurs ne s’attendaient pas à ça. Les résultats ont dû être séparés entre mâles et femelles puisque les observations sont sexes dépendants. Concernant les mâles  :

  • Nous remarquons une augmentation du poids des souris associé à une augmentation du tissu adipeux entre le groupe avec pesticides et sans pesticides (groupe 1 et 2). La prise de poids du groupe 2 est 50% supérieure à celle du groupe 1.
  • Concernant la tolérance aux glucides simples, le groupe 2 a une plus haute élévation de taux de sucre sanguin après administration de sucre par rapport au groupe 1.
  • Les souris appartenant au groupe 2 voient une augmentation de leur taux de triglycérides hépatiques (plus 50%). Ainsi, nous remarquons une stéatose hépatique chez ses souris par rapport au groupe 1. L’analyse génétique de cellules hépatiques permet de comprendre les lieux d’action du cocktail de pesticide. Par exemple, ce mélange agit sur les gènes codant la structure cellulaire, l’activité d’épuration cellulaire… impactant ainsi le fonctionnement cellulaire et organique.

Concernant les femelles, nous remarquons aucunes de ces similitudes. Néanmoins, les conséquences sur l’organisme n’en sont pas moins importantes :

  • Les chercheurs ont remarqué une modification des substances présentent dans le foie des souris entre le groupe 7 et 4. L’absence de stéatose hépatique ne signifie pas un foie sain. En effet, les souris exposées ont un profil de substances hépatiques différent montrant un effet de dérégulation du foie.
  • Ceci est également visible dans l’analyse des substances urinaires. Lorsque les chercheurs ont comparé les souris mâles exposées et saines, aucune différence notable n’a été remarqué. En revanche, entre le groupe 7 et 4, dès la 6ème semaine une modification du profil des substances retrouvées dans les urines a été visible. Cette différence est de plus en plus marquée au cours des semaines d’expérience. Les conclusions des chercheurs sont les suivantes :
    • Diminution de la choline urinaire associée à une diminution de deux substances dérivées. Ceci témoigne pour les spécialistes d’une modification du microbiote intestinal impactant la production de ces substances. D’autres substances également issues du fonctionnement normal du microbiote intestinal sont en diminution.

Action des pesticides au niveau hépatique :

Les chercheurs ont identifié des modifications dans l’expression de certains gènes hépatiques quelque soit le sexe des souris, soit des modifications communes à la hauteur de 3%. Néanmoins des différences existent entre les femelles et les mâles exposés :

  • 54% des gènes hépatiques ont été modifiés par l’exposition aux pesticides chez les mâles. Ceci concerne principalement le squelette cellulaire, des organites de désintoxication et la fabrication protéiques de la cellule.
  • 43 % des gènes hépatiques ont été modifiés par l’exposition aux pesticides chez les femelles. Mais les gènes concernés sont différents. En effet, ces modifications touchent l’oxydation des lipides, l’appareil producteur d’énergie ainsi qu’un lieu de désintoxication au niveau cellulaire
  • Modification important de la réaction des enzymes hépatique chez les deux sexes. En effet, 82 gènes sont impliqués dans la dépollution de l’organisme. L’exposition de pesticides modifie l’expression de 14 gènes chez les mâles et seulement 3 gènes, au niveau de l’expression, chez les femelles. (groupe activité hépatique)

Une absence de différence ouvrant une nouvelle voie de recherche ?

  • L’analyse urinaire des différents groupes de souris exposés ont permis aux chercheurs de montrer une théorie intéressante. En effet, une modification des déchets de pesticides urinaires, pour 3 pesticides sur les 6 observés, est observée et expliquée essentiellement par l’expression différente de gènes de désintoxication hépatique différent entre les deux sexes. Néanmoins, une absence de modification de l’excrétion de déchets de pesticides n’est pas observée pour 3 pesticides. Par conséquent, les chercheurs ont estimé que le foie n’est pas le seul organe à intervenir dans la désintoxication de l’organisme.

Un mécanisme de dépollution différent entre mâles et femelles mis en évidence grâce aux OGM

Les chercheurs se sont intéressés au fonctionnement d’un élément cellulaire, appelé CAR (Récepteur Constitutif des Androstanes), permettant la synthèse des substances dépolluantes de notre organisme pouvant être impliquées dans la désintoxification de ces pesticides. Ils ont alors comparé des souris génétiquement modifiées sans le CAR. Ici encore, nous  remarquons des résultats différents selon les sexes. Chez les souris mâles, aucune différence entre les groupes contrôle et ceux avec pesticides sans l’expression de CAR. Chez les souris femelles, plusieurs différences apparaissent.

  • Les chercheurs ont observé une prise de poids 50% supérieure durant les 12 premières semaines entre les souris ayant une alimentant sans pesticides et avec pesticides toujours sans le CAR. Cette prise de poids se stabilise ensuite pour les souris femelles ayant eu des pesticides contrairement aux souris contrôles qui augmentent progressivement leur masse corporelle jusqu’à rejoindre au bout d’un an un poids identique aux souris alimentées par une nourriture avec pesticides.
  • Les chercheurs ont remarqué une augmentation des décès au sein de la cohorte des souris femelles nourrit avec pesticides. En effet, seulement 50% de ces souris ont survécu après 1 an d’expérience contrairement à 88,8% des souris avec une alimentation sans pesticides. Chez les souris mâles, nous remarquons un taux de survit similaire entre les deux groupes, proche des 90%.
  • Il existe une grande différence des substances dérivées de la dégradation des pesticides entre les souris femelles  ayant une alimentation avec pesticides non génétiquement modifiées et le groupe ayant reçu une alimentation avec pesticides sans CAR. Les chercheurs ont remarqué une diminution pour la plupart de ces dérivés dans les urines chez les souris n’ayant pas le CAR exprimant ainsi une faible désintoxication de l’organisme. Associé à cela, les chercheurs ont remarqué une diminution de l’expression des éléments dépollueurs de pesticide malgré un profil général du fonctionnement hépatique identique entre les groupes 7 et 8.

Discussion chercheurs :

Les maladies métaboliques ont des origines multiples avec comme principale cause la sédentarité et une alimentation hyperénergétique. Plus récemment, les perturbations hormonales par des contaminants (pesticides…) impliquées dans l’apparition du diabète et de l’obésité  sont grandissantes. Dans cette étude, les chercheurs ont mimés chez des souris une exposition similaire à l’homme garantissant normalement aucun impact sur notre santé, pendant une durée d’une vie. Chez les souris mâles : l’augmentation du poids par le biais d’une augmentation de la masse graisseuse pourrait être une cible des pesticides. De plus, les propriétés de certains pesticides engendrent un stress oxydatif et sont impliquées dans la régulation générale de la production de la masse grasse. Les conséquences hépatiques c’est-à-dire la stéatose hépatique non alcoolique, observée dans l’étude est une conséquence directe de l’augmentation de la masse grasse, des graisses circulant dans le sang et de l’obésité des souris exposées. Cette étude montre qu’une exposition à faible dose de pesticides augmente les perturbations métaboliques hépatiques chez les souris mâles. L’augmentation de l’expression des gènes impliqués dans la voie de désintoxication hépatique chez les souris mâles ayant une exposition aux pesticides, indique que la dégradation des pesticides a lieu principalement dans le foie. Ce mécanisme est indépendant de CAR, ainsi il pourrait être impliqué dans l’expression génétique impliquée dans la structure cellulaire. En effet, aucune modification chez les souris sans CAR n’a été remarqué en les comparant avec les souris exposés avec CAR.

Chez les souris femelles : Modification du fonctionnement hépatique avec une augmentation de l’expression d’un récepteur génétique impliqué dans la régulation des lipides. Une modification de substances produites par les bactéries intestinales pourrait être la cause ou la conséquence de l’exposition chronique aux pesticides au regard de l’arrivée tardive de cette dérégulation (48 semaines). Nous remarquons une implication de CAR dans la désintoxification des pesticides dans l’organisme des souris femelles avec une augmentation plus rapide du poids de ces souris associé à une augmentation de la mortalité. Cette diminution d’activité de nettoyage augmenterait l’accumulation de substances toxique dans des organes vitaux, expliquant ces résultats. De plus, CAR étant exprimé au niveau du microbiote intestinale, les chercheurs pensent que son inexpression implique fortement le rôle du microbiote intestinale dans la désintoxification.

Notre avis :

« Cet article montre l’importance du choix de l’origine de nos aliments et leur type de culture y compris pour des aliments du quotidien tels que les pommes. En effet, même si les effets ne sont pas visibles de manière immédiate, une exposition chronique aux pesticides autorisés par les autorités, peut modifier le fonctionnement de notre organisme. Néanmoins, cette étude n’a pas été observé chez l’Homme par conséquent nous devons tout de même rester prudent par rapport aux résultats.
Par principe, il est préférable de consommer des aliments issus d’une agriculture raisonnée ou de façon optimale issus de l’agriculture biologique afin de limiter son exposition.

Nous devons être conscient que toute(s) substance(s) ou aliment(s) ingéré(s) à outrance aura des effets délétères sur notre santé à plus ou moins long terme »

Source :

  • C.Lukowicz,S. Ellero-Simatos,M. Régnier,A. Polizzi,F.Lasserre, A. Montagner,Y. Lippi,E. L. Jamin, J.FMartin, C. Naylies, C.Canlet, L. Debrauwer, J. Bertrand-Michel, T. Al Saati, V.Théodorou, N. Loiseau, L. Mselli-Lakhal, H. Guillou, L. Gamet-Payrastre1. Metabolic Effects of a Chronic Dietary Exposure to a Low-Dose Pesticide Cocktailin Mice: Sexual Dimorphism and Role of the Constitutive Androstane Receptor, Environmental health perspectives, 25 juin 2018

https://fr.wikipedia.org/wiki/Glutathion

https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicotinamide_ad%C3%A9nine_dinucl%C3%A9otide_phosphate

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