Choline, un nutriment pour le bon fonctionnement du foie

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Un article scientifique publié le 18 décembre dans « the journal of nutrition » a attiré notre attention. Effectivement, une supplémentation en choline permettrait de diminuer l’accumulation de graisses au niveau du foie présente lors des cancers hépatiques. Ce type de cancer est l’une des principales causes de décès dans le monde avec 800 000 victimes. Le taux de survie est inférieur à 15% en 5 ans. A noter que le cancer du foie apparaît 80% du temps dans un contexte de cirrhose virale et/ou d’une NASH (stéatose hépatique non alcoolique). Les chercheurs commencent à s’intéresser à des substances présentes dans l’alimentation au regard de la faible efficacité des médicaments dans la progression de ce type de maladie.

Qu’est ce que la choline ?

La choline est un nutriment important dans l’organisme puisqu’il joue un rôle essentiel pour transmettre les messages nerveux. Cette substance rentre dans la composition des membranes cellulaires à hauteur de 45% et est présente en majorité dans la bile, pour environ 80%. Pour finir, la choline permet un fonctionnement normal des organes tels que les reins ainsi que des éléments cellulaires comme la mitochondrie, centrale énergétique de la cellule.

Les chercheurs se sont particulièrement intéressés à cette substance car au niveau hépatique, la choline permet la synthèse d’un certain type de cholestérol, ainsi que la sécrétion de triglycérides. Plusieurs expériences ont montré chez l’homme que la déficience en choline contribuait à l’avancée des maladies hépatiques puisqu’elle mène à une accumulation des graisses au niveau du foie. Ainsi, une NASH non prise en charge ou progressant augmente les risque de cirrhose et par conséquent de cancer hépatique.

Qu’ont fait les chercheurs ?

Les chercheurs ont injecté dans des souris mâles, 4 jours après leur naissance, une substances développant des cancers. Après 21 jours, les souris ont été sevrées et ont été séparées en 2 groupes. Le premier a été nourri avec une alimentation dont l’apport en matières grasses représentait 60% de l’apport énergétique total. Le deuxième groupe avait la même alimentation au niveau des quantités que le premier groupe seulement avec 10X plus de choline que ce dernier. Il faut savoir que chez l’homme, l’apport quotidien recommandés en matières grasses est compris entre 35% et 40% de l’apport énergétique total.  

Des résultats intéressants au niveau hépatique :

Une modification du poids des souris a été mise en évidence. En effet, les deux groupes de souris ont eu le même poids pendant 15 semaine puis les souris n’ayant pas de supplémentation en choline ont eu un gain de poids de 10,2% supérieur au groupe avec supplémentation. Cette différence de poids ne peut pas être expliquée par une différence de masse grasse puisqu’aucune différence significative n’a été mise en lumière. En revanche, le poids total du foie est notablement moins important pour les souris ayant eu recours à la supplémentation en choline

Les chercheurs se sont ensuite intéressés aux foies dans leur structure et leur composition. Ils ont mis en évidence une diminution importante de la charge tumorale globale. De plus, la quantité de matière grasse hépatique a diminué de 50%, associée à une réduction des triglycérides et du cholestérol total chez les souris ayant reçues une supplémentation en choline au bout des 30 semaines d’expérience.

Afin de connaître plus précisément comment cette charge tumorale diminuait, les chercheurs sont allés plus loin. Ils se sont intéressés à l’expression de certains gènes responsables de l’activité de la mitochondrie mais aussi dans la fabrication et l’assimilation du cholestérol. Les résultats montrent que l’expression des gènes mitochondriaux a augmenté après supplémentation en choline ainsi que le nombre de mitochondries. Par ailleurs, les éléments impliqués dans la régulation du cholestérol étaient également meilleurs chez les souris ayant une supplémentation en choline.

Une régulation de nos cellules immunitaires défaillantes

Pour finir, les chercheurs se sont tournés vers une catégorie de cellules, les Cellules Myéloïdes Suppressives (CMS). Ces cellules sont issues de notre système immunitaire mais possèdent des propriétés immunosuppressives. Leur augmentation dans les analyses sanguines est un signe de progression de la pathologie associée à un pronostic défavorable et une résistance au traitement.

Les souris avec une alimentation riche en matières grasses et supplémentée en choline ont vu leur taux de circulation de CMS diminuer fortement, ainsi que l’ensemble des sous catégories immunitaires défaillantes étudiées, au bout de 15 semaines de supplémentation. Néanmoins, les chercheurs ont réévalué le taux de CMS au bout des 30 semaines d’étude. Le taux de CMS était identique entre les groupes avec et sans supplémentation de choline. Ainsi, les chercheurs évoquent l’idée que la supplémentation en choline pourrait diminuer précocement le taux de CMS et contribuer à la diminution rapide de la charge tumorale chez les souris supplémentées.

L’avis des chercheurs :

Pour eux, 2 mécanismes ont été mis en lumière par la supplémentation en choline pour lutter contre le cancer hépatique. Le premier est l’augmentation des mitochondries au niveau hépatique permettant l’élimination des graisses au niveau du foie. Le second, repose sur le fait que la choline diminue les CMS. Néanmoins ce dernier mécanisme reste encore mal compris.

Les chercheurs expriment tout de même qu’il y a une limite dans leur étude, reposant sur la non prise en compte de l’environnement des tumeurs. En effet, l’ensemble des résultats porte sur les organes lésés et non sur l’ensemble des organes. Ainsi, l’analyse génétique et donc leur modification a été faite seulement sur les cellules tumorales et non adjacentes qui étaient saines

Où trouve-t-on de la choline ?

Pour les personnes en bonne santé adulte, il recommandé de consommer 500mg de choline au quotidien. Pour cela, il existe différentes sources nous apportant assez facilement cette quantité. Par exemple, un œuf en contient 125mg, le foie des animaux en contient 300mg pour 100g consommés. On en trouve également en bonne quantité dans la viande et le poisson. Si vous consommez peu de viande, il en existe également dans les féculents et les légumes comme les betteraves rouges crue ou les épinards cuits (environ 170mg pour 200g) ainsi que les choux. Pour finir, les fruits oléagineux (amandes, noix de macadamia…) en apportent également mais en plus faible quantité. 

Notre avis :

« Cette étude montre l’impact de notre alimentation et notre mode de vie sur notre santé. En effet, le taux de NASH augmente depuis quelques années, causé par l’évolution de nos habitudes alimentaires. Ceci augmente notre risque de cirrhose et par conséquent de cancer hépatique. Même si, cette étude montre qu’il est potentiellement possible de freiner l’évolution de cette pathologie et des autres pathologies hépatiques, nous devons avoir une alimentation la plus équilibrée possible. En effet, les sources de choline sont présentes dans une grande partie des groupes alimentaires. Ainsi une alimentation variée et diversifiée permet d’apporter, sans avoir recours à la supplémentation médicamenteuse, l’ensemble des micro-nutriments et nutriments essentiels. Une assiette saine pour un corps sain, peut-être une nouvelle résolution pour 2020 »

Sources :

A.L Brown, K.Conrad, D.S Allende, A.D Gromovsky, R. Zhang, C.K Neumann, A.P Owens, M. Tranter, R.N Helsley. Dietary Choline Supplementation Attenuates High-Fat-Diet–Induced Hepatocellular Carcinoma in Mice, The journal of nutrition, 18 décembre 2019

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